Du djembé à la kora : les instruments de musique africains expliqués

Entre les mains des musiciens, les instruments africains ne sont pas de simples objets en bois, en peau ou en métal. Ils sont au cœur de la culture africaine, des grandes cérémonies royales aux répétitions improvisées dans une cour de maison. Du djembé qui rassemble tout un quartier à la kora qui accompagne les griots, ... Lire plus
Julien Leroux
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Entre les mains des musiciens, les instruments africains ne sont pas de simples objets en bois, en peau ou en métal. Ils sont au cœur de la culture africaine, des grandes cérémonies royales aux répétitions improvisées dans une cour de maison. Du djembé qui rassemble tout un quartier à la kora qui accompagne les griots, ces instruments portent des rythmes africains qui racontent des histoires, des migrations, des luttes et des joies. Derrière chaque son se cachent des gestes précis, des matériaux choisis pour leur résonance et des traditions qui ne se transmettent pas uniquement dans les livres, mais dans le corps et la mémoire.

Pour un musicien, découvrir la musique africaine, c’est changer sa manière d’écouter. Une simple frappe de main sur un tambour peut avoir plusieurs sens suivant le contexte, la danse associée, les chants africains qui l’accompagnent. Un motif de balafon n’est pas juste une mélodie agréable, c’est parfois un proverbe codé ou un hommage à un ancêtre précis. Ces sonorités africaines se retrouvent désormais partout, du hip-hop aux musiques électroniques, mais leur logique profonde reste souvent mal comprise. D’où l’intérêt de revenir à la source : comment sont fabriqués ces instruments, à quoi servent-ils vraiment, et comment les artistes actuels les réinventent sans les dénaturer.

En bref

  • Les principaux instruments africains comme le djembé, le balafon, la kora, la mbira, le tama, le tam-tam et le shekere sont au cœur de la tradition musicale de nombreuses régions.
  • Ils jouent un rôle social, spirituel et historique : communication, rituels, mémoire des lignées, cohésion des communautés.
  • Leur fabrication repose sur un artisanat précis qui sélectionne bois, peaux, calebasses et métaux pour obtenir des sonorités africaines spécifiques.
  • La musique africaine actuelle, du jazz à l’afro-pop, continue de s’appuyer sur ces instruments, qui dialoguent désormais avec les guitares, synthés et boîtes à rythmes.
  • Apprendre le djembé, la kora ou la mbira, c’est autant un travail rythmique qu’un chemin vers une autre manière de penser le temps, le groupe et l’écoute.

Du djembé au balafon : les percussions africaines qui tiennent le village éveillé

Quand on parle de percussions et de musique africaine, la plupart des gens visualisent immédiatement un cercle de tambours. Ce n’est pas un cliché gratuit : dans beaucoup de villages, le son du djembé ou du tam-tam sert littéralement de fil d’actualité sonore. Il annonce une fête, un baptême, parfois un décès. Les rythmes ne sont pas choisis au hasard, ils codent l’événement, comme un message que tout le monde comprend sans avoir fait d’études de solfège.

Le djembé, originaire de la zone mandingue, reste le roi des percussions ouest-africaines. Sculpté d’un seul bloc dans un bois dense, souvent du lenké, il est coiffé d’une peau de chèvre tendue. Les trois sons de base sont le grave (au centre), le ton (sur le bord avec les doigts groupés) et le claqué (bord avec les doigts détendus). Un bon joueur combine tout ça tellement vite que tu as l’impression d’entendre plusieurs tambours en même temps. C’est pour cette raison que le djembé est devenu un instrument de choix dans les ateliers de pratique collective, en Europe comme en Afrique.

Sur le terrain, les ensembles de djembés ne jouent pas seuls. Ils sont presque toujours accompagnés de tambours basse appelés dunun, équipés de cloches métalliques. Cette combinaison crée un tapis de rythmes africains où chaque musicien tient une phrase différente. Le résultat, c’est une polyrythmie puissante, mais construite, où chaque motif a sa place. Un cercle de djembés bien mené n’est pas un « jam » désordonné, c’est une architecture rythmique où la moindre erreur se remarque vite.

A côté de ces tambours frappés à mains nues, le balafon apporte la couleur mélodique. On parle d’un xylophone africain : lames de bois parfaitement taillées et accordées, posées sur des calebasses vidées qui servent de caisses de résonance. Certaines de ces calebasses sont percées et recouvertes de membranes fines, souvent des toiles d’araignée ou des films végétaux, qui ajoutent un léger bourdonnement au son. Ce souffle, parfois pris pour un défaut par des oreilles non habituées, fait en réalité partie intégrante de la signature sonore de l’instrument.

Dans les familles de griots, le balafon est un livre d’histoire. Les morceaux racontent l’ascension d’un chef, une bataille, un mariage politique. Les frappes répétées ouvrent et ferment des chapitres entiers de mémoire. Aujourd’hui encore, des musiciens comme Aly Keïta ou Lassana Diabaté prouvent que cet instrument peut dialoguer avec le jazz, l’afrobeat ou la musique dite contemporaine sans perdre sa personnalité. Dès qu’un balafon entre dans un mix, le climat change, on est instantanément transporté vers d’autres paysages sonores.

Pour un batteur ou un percussionniste qui veut progresser, travailler le djembé et le balafon est une école de précision. Sur le djembé, la moindre différence d’angle change le timbre. Sur le balafon, une frappe trop lourde détruit la résonance de la lame. De plus en plus d’écoles de musique intègrent ces instruments dans leurs cursus, précisément parce qu’ils forcent à écouter autrement, à compter non plus en mesures rigides mais en cycles, souvent liés à la danse.

Une remarque utile pour ceux qui veulent s’y mettre sans se perdre dans les catalogues : mieux vaut un djembé bien construit en bois massif, avec une peau correctement tendue, qu’un tambour « déco » acheté au hasard. Un bon point de départ consiste à se fier à des retours de terrain, comme ceux qu’on trouve dans des ressources spécialisées sur le tambour africain et le djembé, plutôt que de choisir uniquement en fonction du prix ou de l’esthétique.

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En résumé sur cette première famille, les percussions comme le djembé, le balafon, les dunun et les tam-tams ne se contentent pas de marquer le tempo : elles structurent les relations, les fêtes et la circulation des informations dans toute une communauté.

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Kora, mbira et autres harpes africaines : quand la tradition musicale devient poésie

Si les percussions portent la pulsation, certains instruments africains apportent une dimension plus intime, presque méditative. La kora en est l’exemple le plus connu. Visuellement, elle intrigue tout de suite : une grosse calebasse coupée en deux recouverte de peau, un long manche, une armature sur laquelle sont tendues 21 cordes. Le musicien la tient verticalement, les mains de chaque côté, et joue avec les pouces et les index. Le reste du temps, il s’accroche à deux petits manches latéraux qui stabilisent l’instrument.

Historiquement, la kora accompagne les griots dans les pays mandingues, du Mali à la Gambie. Les pièces jouées ne sont pas des « morceaux » au sens pop du terme, mais des cycles ouverts que le musicien module en fonction de la situation. Il peut rallonger une section, en réserver une autre pour la louange d’une famille, ou insérer un épisode improvisé pour commenter l’actualité. La kora devient alors une sorte de harpe-luth narrative, chaque arpège venant souligner une phrase chantée.

Sur les scènes actuelles, des artistes comme Toumani Diabaté ou Ballaké Sissoko ont montré que cet instrument se marie aussi bien avec un orchestre symphonique qu’avec une simple guitare acoustique. Ce n’est pas un hasard si la kora attire de plus en plus de compositeurs de musique de film : son timbre cristallin installe immédiatement une atmosphère à la fois douce et chargée d’histoire. Elle incarne l’élégance d’une tradition musicale qui a su rester exigeante sans se refermer.

Plus au sud, en Afrique australe, la mbira ou kalimba (souvent appelée « piano à pouces ») propose une autre manière d’entrer dans ces univers sonores. Ici, on ne frappe pas, on pince de petites lamelles métalliques fixées sur une planche ou une caisse de résonance creusée. Le musicien tient l’instrument dans les mains et joue principalement avec les pouces, parfois avec les index. Chaque note déclenche un nuage d’harmoniques qui se mélange aux autres, créant un bourdonnement hypnotique.

Chez les Shonas du Zimbabwe, la mbira a une fonction spirituelle marquée : elle sert à dialoguer avec les ancêtres lors de cérémonies nocturnes qui peuvent durer des heures. Les motifs répétitifs et les légères variations successives visent à modifier l’état de conscience, autant pour les musiciens que pour les auditeurs. Plusieurs artistes, comme Stella Chiweshe, ont fait connaître cette pratique en dehors du Zimbabwe tout en rappelant qu’on ne parle pas d’un gadget exotique, mais d’un outil rituel à part entière.

Pour un musicien venu de la batterie ou du piano, la découverte de ces instruments remet les compteurs à zéro. On ne cherche pas à « briller » avec un solo, mais à entrer dans un flux continu. Jouer de la mbira ou de la kora demande un ancrage physique très particulier : respiration régulière, posture stable, attention flottante mais précise. Ce genre de pratique transforme la manière de gérer le temps musical et la dynamique.

Beaucoup de producteurs intègrent aujourd’hui des échantillons de kora ou de kalimba dans leurs beats. C’est une bonne porte d’entrée, mais rien ne remplace l’expérience de l’instrument acoustique entre les mains. La moindre variation de pression des doigts sur une lamelle de mbira change la couleur du son, chose que les banques de sons reproduisent encore mal. Qui cherche un lien profond avec ces sonorités africaines gagne à s’asseoir un soir, loin du bruit, avec une mbira ou une kora réelle et à explorer simplement quelques notes répétées.

Ces harpes et pianos à pouces montrent une facette souvent négligée de la culture africaine : une attention extrême au détail sonore, au silence et à la nuance, loin du cliché du « tout dans la percussion ». Ce contraste entre énergie des tambours et finesse de la kora ou de la mbira fait la richesse de ce paysage musical.

Tama, tam-tam, shekere : les instruments africains qui parlent, annoncent et font danser

Si on zoome sur d’autres instruments africains moins médiatisés que le djembé ou la kora, on découvre toute une galaxie d’objets sonores qui complètent le tableau. Le tama, par exemple, pourrait passer pour un simple tambour de poche. Une fois posé sous l’aisselle, serré par le bras et frappé avec une petite baguette recourbée, il se met à « parler » avec une expressivité déconcertante. Les cordes qui longent sa caisse de résonance tendent la peau : en resserrant plus ou moins l’aisselle, le musicien fait monter ou descendre la hauteur du son.

Dans les sociétés wolof ou peule, ce tambour d’aisselle servait à transmettre des messages ou à saluer les personnalités importantes. Les phrases rythmiques imitent les intonations de la langue, à tel point qu’un auditeur familier peut comprendre le contenu du message sans paroles. On est clairement face à un instrument de communication, pas seulement d’accompagnement. Aujourd’hui, le tama brille dans le mbalax sénégalais, popularisé par Youssou N’Dour, mais continue aussi d’exister dans les contextes cérémoniels plus traditionnels.

Le terme tam-tam, lui, recouvre plusieurs réalités suivant les régions. Dans de nombreuses zones d’Afrique centrale et de l’Ouest, il s’agit de grands tambours cylindriques ou en tonneau, souvent joués debout, à la main ou avec des baguettes. On les plaçait jadis à des points stratégiques pour transmettre des messages entre villages, un peu comme un réseau de relais sonore. Même si la radio et le téléphone ont pris le relais, ces tambours gardent leur place lors des grandes fêtes et des rituels religieux, où leur puissance sonore donne littéralement le ton.

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Autre pièce essentielle de ce puzzle : le shekere. Ici, pas de peau tendue, mais une grosse calebasse couverte d’un filet de perles, de graines ou de coquillages. Le musicien alterne entre trois gestes principaux : secouer latéralement, cogner la calebasse dans les mains et faire tourner l’instrument pour créer un crescendo de frottements. Difficile de rester immobile quand un shekere bien joué entre en scène, surtout dans des ensembles où plusieurs tailles sont combinées.

Les fonctions respectives de ces instruments ressortent bien si on les compare de manière simple.

Instrument Rôle principal Contexte typique Caractéristique sonore
Tama Communication, accent rythmique Musique populaire sénégalaise, cérémonies, annonces Hauteur variable, effet de parole
Tam-tam Annonce, rituels, base rythmique Appels de village, fêtes, cérémonies religieuses Graves profonds, projection puissante
Shekere Animation, soutien de la danse Danses rituelles, célébrations agricoles, chœurs Cliquetis percussifs, textures riches

Dans la pratique, ces instruments sont souvent confiés à des musiciennes et musiciens spécifiques au sein du groupe. Le shekere, par exemple, se retrouve fréquemment entre les mains de femmes qui chantent en même temps, ce qui renforce la fusion entre rythme et voix. Le tama, plus technique, est plutôt joué par des spécialistes qui ont appris à caler précisément les variations de hauteur sur les syllabes parlées.

Pour qui vient de la batterie ou des percussions latino, travailler ces instruments peut sembler déroutant. Le tempo n’est pas forcément marqué par une grosse caisse imaginaire, mais par un jeu de question-réponse entre plusieurs sources sonores. Le shekere peut servir de liant entre les différentes pulsations, le tama de voix soliste, le tam-tam de sol rythmique sur lequel se posent les autres. Ce renversement des habitudes force à élargir son écoute et à accepter que l’important n’est pas seulement « être sur le clic », mais respirer avec le groupe.

En résumé, ces outils sont les messagers, les animateurs et les commentateurs de la vie collective. Ils complètent le djembé et le balafon en introduisant de nouvelles dimensions : parole, annonce, texture, mouvement visuel. Sans eux, une grande partie de la richesse de la musique africaine actuelle passerait à la trappe.

Pourquoi ces instruments africains restent indispensables à la culture et à la création

Une question revient souvent chez ceux qui découvrent ces univers : pourquoi garder ces instruments traditionnels alors que les claviers, les boîtes à rythmes et les échantillons pourraient « tout » reproduire en studio. La réponse est nette : ces objets sonores ne valent pas seulement pour leur timbre, mais pour tout ce qu’ils charrient en termes de pratiques sociales, de mémoire et de symbolique.

D’abord, ils servent de support à l’histoire. Quand un griot s’installe avec sa kora ou son balafon, il ne vient pas interpréter un set comme dans un concert classique. Il prend place dans une lignée, rappelle les alliances, les conflits, les promesses. Le public ne reçoit pas un spectacle anonyme, mais une parole ancrée. Sans ces instruments, la transmission orale perdrait une partie de sa force. Un texte récité sans support musical n’impacte pas de la même manière qu’un récit accompagné de motifs qui reviennent génération après génération.

Ensuite, ces instruments nourrissent le sentiment d’appartenance. Pour un jeune musicien de Dakar, de Conakry ou de Ouagadougou, apprendre le djembé, le tama ou le balafon, ce n’est pas seulement trouver un hobby. C’est rejoindre une communauté de pratique, retrouver des repères communs avec les anciens, se sentir relié à une histoire qui dépasse largement son quartier. Même pour des musiciens de la diaspora vivant à Paris ou Montréal, participer à un atelier de percussions ouest-africaines peut être un moyen de renouer avec des racines qu’ils ne connaissent que partiellement.

Il y a aussi toute la dimension spirituelle. Dans beaucoup de contextes, ces instruments ne se jouent pas n’importe quand ni n’importe comment. Certains tambours ne sortent qu’à des moments précis de l’année, pour des rituels de guérison, des initiations ou des fêtes religieuses. La mbira, par exemple, garde une place très particulière dans les cérémonies shonas liées au lien avec les ancêtres. On ne la traite pas comme un simple accessoire sonore, mais comme un médiateur entre visible et invisible.

Enfin, du point de vue strictement musical, ces instruments continuent d’inspirer les créateurs contemporains parce qu’ils proposent des structures rythmiques et mélodiques différentes de celles qui dominent dans la pop occidentale. Les cycles de 12 ou 24 pulses, les décalages entre parties, les superpositions de motifs courts donnent des idées toutes faites à qui cherche à sortir du sempiternel couplet-refrain carré. Beaucoup de producteurs électro ou hip-hop piochent dans ces logiques pour renouveler leurs beats, même quand ils ne le revendiquent pas.

Pour visualiser ce rôle multiple, il suffit de regarder comment un simple djembé peut intervenir dans une journée de vie communautaire. Le matin, un motif spécifique peut appeler au travail collectif dans les champs. L’après-midi, un rythme différent annonce la répétition de danse pour les jeunes. Le soir, un autre pattern ouvre une cérémonie religieuse ou une veillée funéraire. Même instrument, usages multiples, sens différents. Difficile d’imaginer que la même chose puisse se produire avec une enceinte Bluetooth diffusant une playlist aléatoire.

Ces raisons expliquent pourquoi ces instruments africains ne se retrouvent pas seulement dans les musées, mais restent présents dans les villes et les villages, sur les scènes internationales et dans les studios domestiques. Ils incarnent à la fois la continuité de la tradition musicale et la capacité de la culture africaine à se réinventer sans se renier.

Pratiquer le djembé, la kora ou le shekere : conseils concrets pour entrer dans les sonorités africaines

Beaucoup de lecteurs finissent par se poser la même question : par où commencer si l’on veut jouer cette musique sans tomber dans l’appropriation superficielle ou la caricature. La première étape consiste à choisir un instrument et un cadre d’apprentissage adaptés, plutôt qu’à accumuler du matériel qui restera au mur.

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Pour un premier contact, le djembé reste un très bon choix. Il permet de travailler le son avec les mains nues, améliore la coordination et se prête facilement au jeu en groupe. L’essentiel, au début, est de se concentrer sur la posture, la détente des épaules et la clarté des trois sons de base. Travailler lentement, sans chercher le volume tout de suite, donne de meilleurs résultats que de frapper fort sans contrôle. Un stage ou un atelier animé par un musicien formé dans cette tradition vaut largement des heures de vidéos regardées en solo.

La kora demande un engagement plus important, notamment parce qu’elle est plus fragile, plus coûteuse et moins répandue en écoles généralistes. Ceux qui se sentent attirés par son côté contemplatif peuvent commencer par des exercices très simples d’arpèges réguliers, en se focalisant sur la régularité du geste plutôt que sur la vitesse. Il est utile d’écouter longuement les grands maîtres avant de chercher à reproduire quoi que ce soit. La musique mandingue repose sur des cycles longs qui ne se laissent pas résumer en schémas rapides.

Pour tester la logique des sonorités africaines sans investissement lourd, le shekere ou une petite kalimba constituent de bons compagnons. Le shekere permet d’entrer par le corps, avec des mouvements de bras et de buste liés à la pulsation. La kalimba, elle, invite à la répétition de motifs courts et à l’écoute de la résonance. Ces instruments, plus simples à aborder, donnent déjà une idée concrète de la manière dont la musique africaine pense le temps : cyclique, évolutif, attaché au geste autant qu’au résultat sonore.

Une approche efficace pour progresser consiste à combiner pratique personnelle et écoute active.

  • Choisir un instrument principal (djembé, kora, mbira ou autre) et s’y tenir quelques mois.
  • Écouter chaque semaine un album issu d’un pays ou d’une tradition différente, en se concentrant sur un élément précis (la basse, les chœurs, les percussions…).
  • Rejoindre au moins un cercle ou atelier régulier pour expérimenter les chants africains et les polyrythmies en groupe.
  • Noter après chaque séance les sensations physiques (fatigue des mains, tension, aisance) et ajuster la posture avant de chercher plus de vitesse.

Cette stratégie vaut mieux que l’accumulation dispersée de tutos. Surtout, elle respecte la logique collective et corporelle de ces musiques. On n’apprend pas la polyrythmie uniquement avec un métronome, mais en ressentant l’énergie du groupe, les appels et réponses, les moments où tout le monde se cale spontanément sur un accent.

Enfin, une précision importante : utiliser ces instruments avec respect, c’est aussi se renseigner sur leur contexte. Certains rythmes de djembé, par exemple, sont associés à des rites précis. Les sortir de ce cadre n’est pas forcément interdit, mais demande au minimum de savoir à quoi on touche. Discuter avec des musiciens issus de ces cultures, poser des questions, écouter leurs limites et leurs préférences fait partie du chemin. Cette attitude évite de transformer un patrimoine vivant en décor sonore interchangeable.

Pour prolonger ce travail, il peut être utile de consulter d’autres ressources détaillées sur la pratique rythmique ou sur des instruments proches, comme le bendir ou d’autres tambours de cadre, souvent présentés dans des guides spécialisés comparables à ceux consacrés au djembé et aux tambours africains. L’idée n’est pas d’empiler les disciplines, mais de comprendre ce que chaque instrument apporte à la construction globale du rythme.

Au fond, la clé reste simple : se laisser transformer par ces instruments au lieu de vouloir seulement les dompter. Quand les mains commencent à trouver leurs repères sur le tambour, la harpe ou la calebasse, les rythmes africains cessent d’être un « style » à copier et deviennent une autre façon de respirer la musique.

Quel instrument africain choisir pour débuter quand on vient de la batterie ?

Pour un batteur, le djembé est souvent le meilleur point de départ. Le jeu à mains nues améliore le toucher sur les peaux, et la structure des accompagnements ressemble à celle d’un kit de batterie réparti entre plusieurs musiciens. Le shekere peut aussi être un bon complément, car il oblige à sentir la pulsation dans tout le corps et pas seulement dans les poignets. La kora ou la mbira demandent un engagement plus mélodique, intéressant, mais moins direct si votre priorité reste le rythme pur.

Peut-on apprendre le djembé ou la kora uniquement avec des vidéos en ligne ?

Les vidéos aident pour découvrir les sons de base et mémoriser quelques motifs, mais elles ne remplacent pas l’expérience du jeu en groupe ni les corrections de posture. Pour le djembé, la façon de frapper, la hauteur du tambour, la manière de se tenir influencent énormément le son et la santé des mains. Pour la kora, la position du corps et la tension des cordes sont tout aussi déterminantes. L’idéal reste de combiner quelques cours en présentiel avec un travail régulier à la maison en s’appuyant sur des enregistrements.

Ces instruments sont-ils réservés à certaines communautés ou tout le monde peut-il en jouer ?

Tout le monde peut pratiquer ces instruments, à condition de le faire avec respect et curiosité pour leur contexte. Dans certaines familles ou castes, le rôle de griot ou de maître de tambour reste lié à une lignée précise, mais cela n’empêche pas l’apprentissage par des personnes extérieures. La clé est de reconnaître cette histoire, de citer ses sources et d’éviter de se présenter comme détenteur d’une tradition complète après quelques stages. Jouer ces instruments peut devenir un pont entre cultures plutôt qu’une appropriation si l’on reste à l’écoute des musiciens qui en sont issus.

Faut-il connaître le solfège pour jouer les instruments africains traditionnels ?

Le solfège classique n’est pas indispensable, car la plupart de ces musiques se transmettent par imitation et répétition. Cela dit, avoir des bases de lecture rythmique peut aider à mémoriser certains patterns, surtout quand on travaille à distance. Beaucoup d’enseignants utilisent désormais un mélange de syllabes rythmiques, de schémas simples et d’écoute active, ce qui suffit largement pour progresser. Le plus important reste la régularité de la pratique et la capacité à écouter le groupe.

Comment entretenir un djembé, une kora ou une mbira pour qu’ils durent longtemps ?

Pour un djembé, il faut éviter les chocs thermiques, ne pas le laisser en plein soleil ni près d’un radiateur, et vérifier régulièrement la tension de la peau. Une kora apprécie un rangement dans une housse, des cordes propres et une vérification des nœuds de temps en temps. La mbira doit être protégée de l’humidité prolongée, les lamelles peuvent être essuyées après jeu pour éviter la corrosion. Dans tous les cas, un contrôle annuel chez un artisan ou un vendeur spécialisé permet de corriger les petits problèmes avant qu’ils ne deviennent sérieux.

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